Témoignages...

Antoneatta

Je suis née en Bulgarie!

J’arrive au Canada en janvier 1999 avec mon mari, afin de parfaire des études universitaires en administration. En mars 1999, voilà que je suis enceinte! Ouf, mon mari retourné à Sofia, je suis seule, je n’ai pas le sous. Quoi faire…. Je suis fille unique, mon père vit en Bulgarie, ma mère chérie est décédée. Je pense à l’avortement..? (mais ce n’est pas notre façon de vivre dans mon pays)

 
 

J’apprends par des connaissances qu’il existe de l’aide pour les femmes enceintes. Alors, je téléphone au 683-8799 service d’écoute, alors une femme m’écoute et prend en considération ma condition, me parle de la vie humaine qui m’habite!!! Alors j’accepte de me faire aider…. Et je passe au CLSC sur son indication.

Ma grossesse se déroule sans complication physique…

Mais ce n’est pas tout : où vais-je le coucher, l’habiller, voilà, etc… Voilà les bénévoles se mobilisent en septembre, je dois prendre un logement plus convenable.

Le linge de bébé arrive… La couchette est habillée par la bénévole du Centre naître ou ne pas naître. Le linge de maternité fourni par un vestiaire des Sœurs de la Charité.

Les appels au Centre, l’écoute se fait pressante. Une amie de la paroisse m’accompagne, ainsi que mon mari revenu pour la naissance du bébé, m’accompagne à l’accouchement. Le 19-11-99 « Léo » ce petit amour arrive en santé. Nous sommes heureux…! Le lendemain, la bénévole du Centre vient me visiter à l’hôpital… quel réconfort… Je ne peux pas les oublier. Et leur aide s’est continuée en me fournissant couches, lait maternisé, nourriture, etc. Merci

En été 2000, je me rends en Bulgarie où je fais baptisé mon Léo. J’en reviens et l’aide du Centre se continue jusqu’en 2001*. Au printemps 2001, nous retournons à Sofia, mais avant de partir, un siège d’auto m’est donné.

Voilà! Je continue de communiquer avec une bénévole par courrier.. pour lui répéter mes milles mercis. Et que nous envisageons d’ouvrir un Centre naître ou ne pas naître dans notre Sofia, ville de la Bulgarie!!!

* Elle continua d’étudier à l’université, en confiant son bébé à la garderie de l’université. En se rendant à ses cours, le bébé dans sa poussette.


Hélène

Je n’avais que 19 ans quand je suis devenue enceinte en habitant avec mon chum (qui sera bientôt mon ex-mari). Tout d’un coup, j’ai été confrontée avec “le CHOIX". J’aurais tant aimé être une mère enceinte comme on en montre à la télé. Celle qui a une belle robe de maternité et la chambre du bébé toute prête en attente et un mari chaleureux qui me dit “Chérie, j’ai trop hâte”.

Mon chum ne voulait rien savoir d’un avenir avec moi. Un bébé voulait dire un avenir, un engagement…

C’est tellement facile d’être influencée, malgré de vagues convictions morales. Je me sentais si immature, égoïste et non-préparée à avoir un enfant.

Mon chum et ma famille ont insisté qu’il n’y avait pas d’autre alternative que de choisir l’avortement. J’ai choisi d’être manipulée verbalement pour accéder à leur point de vue plutôt que de réfléchir aux choix qui s’offraient. On ne m’a pas donné d’options. On a trouvé une clinique rapidement pour s’occuper de notre petit "problème."

Au cours des semaines, des mois et des années après mon avortement, j’ai été par période dépressive, masqué parfois par des poussées d’hyperactivité désespérée. La tristesse de ce qui est arrivé m’entoure comme la senteur des fleurs de funérailles qui perdure après que les funérailles soient passées.


Caroline

J’avais dix-sept ans quand j’ai eu mon avortement du second trimestre par injection saline. Bien que j’aurais voulu avoir mon bébé, mes parents m’ont poussée à subir l’avortement. Après plusieurs heures de contractions, j’ai donné naissance à un bébé garçon mort. Dire que cela a eu un impact majeur sur ma vie est un euphémisme.

À travers ma guérison, j’ai appris comment avoir plus de compassion et de miséricorde pour les autres. Je fais attention à ne pas juger, parce que je sais d’où je viens et à quel point j’ai eu besoin de compassion et de miséricorde. À travers mon enfant perdu à l’avortement, Dieu m’a enseigné l’amour véritable et non les attaches égoïstes que j’ai toujours voulues. À travers le pardon que j’ai reçu de Dieu et des autres, j’ai appris comment pardonner aux autres – et même à moi. À cause de l’amour que j’ai trouvé en Dieu, j’ai moins peur de la souffrance, parce que je ne suis jamais seule dans cette vie. Il est là avec moi.

Je ne vous mentirai pas. Ça a été un cheminement difficile. Tu dois te regarder honnêtement, et c’est épeurant de faire face à tous ses défauts. Pour nous qui sommes post-avortement, les choses qu’on doit affronter sont souvent les mêmes peurs qui nous ont fait choisir l’avortement au départ. Le paradoxe est que lorsqu’on fait face à ces choses – la peur de l’abandon, l’amour de soi, la vanité – c’est alors qu’on s’en libère. Même si la route est difficile, ce n’est jamais aussi difficile que ce que vous vivez maintenant.

Souvenez-vous que vous n’êtes pas seule avec vos sentiments. Il y a des raisons. Il n’y a pas de place pour de la « politique » ou de la controverse dans la guérison après un avortement. Nous avons perdu nos enfants. On doit nous permettre de les pleurer.


Élisabeth

Je me suis sentie si sale et sans valeur. Je me souviens après avoir quitté la clinique, je suis retournée à la maison avec ma mère et je me souviens qu’elle m’a dit « Tu as eu un D & C. Tu es jeune et tu t’en remettras. Tu as juste à oublier que c’est arrivé et de vivre. » J’ai fait exactement cela. Ou c’est ce que je pensais. J’ai rencontré mon mari et je me suis mariée. Mais je ne lui ai pas parlé de l’avortement. Je ne pensais pas que je pouvais lui en parler, sinon il me haïrait et il me quitterait.

Nous avons eu notre première fille et je n’ai jamais ressenti l’amour profond que j’aurais dû. Pour plusieurs raisons, je suppose. La première, c’est que je n’avais jamais pleuré la perte de l’enfant que j’ai avorté. J’avais aussi peur de trop l’aimer. Je pensais que Dieu me l’enlèverait pour me punir d’avoir tuer mon premier enfant. Nous avons eu un deuxième enfant que j’ai aimé beaucoup.

Nous étions mariés depuis à peu près dix ans, et la douleur de mon avortement devenait insoutenable. Un matin, j’ai pleuré en racontant la vérité à mon mari. Je me souviens de lui avoir dit que j’avais vraiment besoin de lui dire quelque chose, mais qu’il m’en voudrait probablement. Je lui ai parlé de l’avortement et j’ai été renversée d’entendre tout l’appui et la compassion qu’il m’a donnés. Je réalise que ce soutien que j’ai reçu pour la première fois de ma vie, m’a permis de chercher de l’aide. Avant cela, je n’ai jamais vraiment senti que je méritais l’amour ni que je m’aimais moi-même.

J’ai perdu un enfant très spécial, et il me manquera; je l’aimerai de tout mon cœur. Mais je crois fermement que ce même enfant m’a montré qu’il est possible d’aimer de nouveau.

Remerciements à l’Elliot Institute


MA MEILLEURE DÉCISION !

Josée Lafontaine, dans La Presse, 6 mars 2005

Ce droit d’avorter qui nous a été donné, je le honnis. Je le déteste.

Je désire vous raconter brièvement mon expérience de vie. À l’âge de 28 ans, j’ai vécu une grossesse non désirée. Un bébé-stérilet, comme on dit. Trois petites relations sexuelles et ça y était.

J’ai voulu me faire avorter. J’étais alors enceinte de neuf toutes petites semaines. Neuf semaines! Mais laissez-moi vous dire que ce que j’ai vu à l’échographie, ce n’était pas gros comme une tête d’aiguille comme on nous l’a tellement dit.

Ça avait un corps, une tête, des bras, des jambes. Je me souviens encore du cordon ombilical qui tournoyait vers le haut. C’est au moment de cette échographie que j’ai décidé de ne pas me faire avorter. Je n’aurais pas été capable de faire ça et de vivre avec ma conscience toute ma vie. Je comprends qu’il y ait de plus en plus de suicides au Québec, parce que ça ne doit pas être évident de vivre avec ça.

Quand je suis retournée dans le centre de femmes et que j’ai dit à l’infirmière que je n’avais plus l’intention de me faire avorter, elle s’est mise à me crier dessus.

Ma décision était pourtant bien prise. L’infirmière a enlevé le stérilet et ça n’a pas saigné. J’aurais tellement aimé être en face d’une bonne grand-mère, qui m’aurait dit : « Tu vas voir, tout va très bien aller. Tu n’es pas la première. » Et j’aurais aimé qu’elle me prenne dans ses bras. Tout simplement comme une bonne grand-mère l’aurait fait. Par solidarité féminine. Par solidarité québécoise. Par solidarité tout court.

L’avortement? C’est banalisé au Québec. Jamais l’infirmière ne m’a suggéré de garder mon enfant. Il a même fallu que je m’obstine avec elle. Alors vous repasserez concernant le problème de santé publique….

Moi, j’ai vécu ça dans l’abandon. J’ai accepté à ce moment toutes les conséquences de mes gestes quels qu’ils allaient être. Puis, j’ai accouché d’une belle fille et je dois vous dire quel bonheur cette enfant a apporté dans ma vie! Je dois aussi vous dire que ça n’a pas été facile. Mais que c’est la meilleure décision de ma vie. Vraiment. Je suis très fière de moi.

On ne peut pas être « gris » concernant l’avortement. Il faut être blanc ou noir. On ne peut avoir un bébé à moitié. On ne peut non plus avoir un pays à moitié. Ce droit d’avorter qui nous a été donné, je le honnis. Je le déteste. Il nous vole notre cœur, notre solidarité, notre volonté de nous prendre en main. Notre futur. Et ce qui me fait mal, c’est lorsque je me demande ce que sera notre pays dans 20 ans au train où cela va au Québec présentement au chapitre des finances publiques et tenant compte du déclin démographique. Et ça me fait mal. Ça me fait très mal. Parce que c’est mon Québec. C’est mon chez-nous. Et que je l’aime.

Reproduit avec permission.


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